Corte à l’aise

Vingt mètres plus bas naquirent Casanova et Napoléon… À la même adresse… N’y manque que DSK!
La Corse c’est des nids d’aigle difficiles à prendre, et des routes comme à la RUN.
Corte comme une allégorie se trouve aujourd’hui sur notre route, l’occasion une fois encore de tomber dans le pano 😉

[Pour le titre, les bédéphiles comprendront.]

Bizardiose

Il a fallu s’abstenir de baignades en rivière en Afrique du Sud pour cause de bilharziose, et voilà-t-y pas qu’une épidémie est déclarée depuis 2012-13 en Corse du Sud… Fèch!? M’en fous, là c’est le 2B (Haute-Corse), alors pas question de se priver. En plus elle est bonne.

Calenzana…

… Nanère!
C’est pittoresque comme il faut, et s’agissant ici du point de départ Nord du fameux GR20, on y trouve tout ce qu’il faut, corse en plus!
Nous avons décrassé nos semelles – et nos sarcomères – ce matin sur les hauteurs du village, redécouvrant les piquantes joies des ronces et des chardons… Au large et sur la côte, voyez-vous Calvi?

Halothane

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Quelques produits où molécules ont marqué l’histoire de l’anesthésie, et n’ont toujours pas pris leur retraite.
Je vous encourage à lire leurs courtes fiches sur Wiki™.
Il en est ainsi du thiopental, dont les détracteurs disent qu’il a tué à Pearl Harbor plus d’américains que les japonais.
Il y a le fentanyl, très loin de sa fin de vie… Mais bien moins ancien que la morphine.
Le chloral sert désormais surtout à dératiser!
Les gaz furent et restent nombreux, le protoxyde d’azote, utilisé dès le XIXème siècle sert toujours pour les petits gestes, l’éther et le chloroforme ne vivent plus que dans les Tintins™. Parmi ces agents à inhaler, on retiendra l’halothane, agent agissant par inhalation, sorte de super-éther, que l’on ne peut plus guère utiliser que dans les pays en voie de développement. Il est d’ailleurs produit maintenant en Inde, et je n’avais pas encore pu le renifler avant ce jour, car il a disparu d’Europe tôt après mes premiers cris!
C’est peut-être l’agent le plus utilisé à travers le monde, le propofol étant réservé aux plus aisés.
Longues vies à nous!

Consultations et autres considérations Humaines

En prendre plein ta gueule…
Tananarive, Madagascar ou le néo-libéralisme d’une mégalopole.
Ici plus que n’importe où ailleurs le droit à l’autodétermination est une valeur fondatrice de la société civile. Cela veut dire aide-toi et l’on verra bien qui t’aidera.

À l’hôpital nous n’avons peut être pas vu en consultation aujourd’hui les plus miséreux, qui n’osent pas braver la capitale, ou qui ne peuvent même pas se payer le bus, en tout cas nous avons vus des gens courageux, et 70 enfants malades ou très malades, beaucoup curables, dont ⅓ seront opérés cette semaine.
Des parents seuls, ne pouvant pas faire le déplacement à deux parfois à travers toute l’île alors qu’il faut s’occuper de la famille – grande avec une natalité de près de 4 enfants/femme – mais surtout des bêtes et des champs, sont venus nous les montrer, en staff de 3 chirurgiens, 2 anesthésistes, une infirmière anesthésiste, une médecin et une infirmière locales, payés par l’ONG cette semaine. Des parents (femmes surtout) souriants, connaissants leur chance de pouvoir bénéficier de soins gratuits financés par Médecins du Monde, association très présente localement, l’Etat ne pouvant pas assurer ses missions les plus essentielles.
Nous avons vus des enfants, comme leurs parents, dignes, discrets, sur leur 31, à hauteur de leurs moyens dérisoires alors que l’hiver s’annonce ici sur les hauts plateaux (+1200 m).
Tous ont attendus toute la journée, arrivés bien avant nous (8h) au CHU, partis bien après nous aussi (17h), dans la fourmilière de ce grand hôpital sans moyens.
Quelques-uns ne seront pas soignés, décrétés incurables ici, en raison des ressources limitées en temps, un peu, en argent, beaucoup.
« Justice » distributive.
Certaines chirurgies extrêmes ici seront néanmoins tentées, car ces enfants mourront de toute façon sans aide et avant 2015, en sachant que nous ne pouvons pas compter sur ce qu’il n’y a pas : une présence dédiée 24/24 ou une « réanimation » telle qu’on l’entend. Il faudra que ça passe. Ils auraient de toute façon aussi été opérés sans nous… s’il y a quelqu’un pour payer, et par des praticiens moins entraînés (pas de financement signifie peu de programme opératoire…)
Difficile de ne pas penser tout le temps qu’avec mes frais d’hôtel et de bouche on pourrait encore soigner ou vacciner tant de patients… Pourtant la valeur ajoutée de notre présence ici est si grande… pour une quantité limitée d’enfants. Nous avons déployé en une journée, grâce à l’efficace logistique du service de chirurgie infantile, une petite zone de médecine quasi-riche, avec les moyens du bord. Tout devra être achevé samedi matin, quand nous partons, le reste étant en théorie à la charge des familles (tout, du robinet de perfusion aux leucos pour les pansements en passant par les prises de sang, payable par avance).

Le programme plutôt intensif débute demain… On accepte aussi d’avoir un peu de chance, ça peut faire le lien.

Sa Majesté Déchue

C’est tout un symbole que ce palais d’une Reine que l’histoire locale raconte exilée par Napoléon en Algérie.
Une coquille incomplètement relookée par la Colas, sûrement plus en quête d’une belle vitrine que de sa place au Valhalla. Un chantier en attente de stabilité politique, à l’instar du pays tout entier.
La Rova fut brûlée vive au lieu de se voir inscrite au Patrimoine Mondial de l’UNESCO, je vous l’ai dit.
Son cœur de béton en lieu de palissandre, sa façade kärsherisée, son antre béant ouvert à tous les vents est à l’image de la Grande Île, une allégorie de l’empire déchu, et de sa lente reconstruction.