Requin et Requin,5

La synthèse excellente et manifestement bien informée sur la situation requin de notre petit spot de l’Océan Indien est sur AgoraVox.

A la Réunion depuis deux ans, les surfeurs (et les journalistes) font beaucoup de mal aux requins

Mais que ce passe-t-il donc à la Réunion ? Des monstres sanguinaires surgissent des profondeurs, et happent la vie d’innocentes victimes ? Holà, on ne se laissera pas faire, sus aux monstres prêts à égorger nos fils et nos compagnes !

Bon, ça c’est le pain blanc des journalistes, pour qui flatter la peur ou titiller le fantasmatique a toujours fait vendre du papier. Mais qu’en est-il vraiment ?

Depuis deux ans, rien ne va plus à la Réunion, car la côte ouest est touchée. Celle des belles plages, des surfeurs bronzés, du buziness de la pêche au gros et des touristes en goguette. On a eu 9 événements dont 7 à l’ouest, de bénins à mortels, en deux ans. Ah oui, ça frappe ! C’est qu’on avait rien eu avant vous comprenez.

Est-ce bien sûr ? Avant, pour promouvoir le tourisme, les attaques à l’ouest n’ont officiellement jamais existé. Il y a bien eu quelques corps disparus en mer, mais noyés très certainement, défendu d’évoquer autre chose. Cependant et même si on se cantonne aux chiffres officiels, les experts statisticiens qui doivent juger de l’augmentation de fréquence d’événements somme toute assez rares, bottent en touche pour affirmer quoi que ce soit sur la durée.

Oui mais quand même, cette bête malfaisante attaque à présent sans raison ! Enfin, voyons plutôt ça de près… Les situation à risque majoré d’accident, on les connaît : la présence de sang attirent les squales, et ces chasseurs-charognards tel le requin bouledogue adorent quand l’eau est trouble. Dotés d’une excellente vue, cette situation, comme celle du lever et du coucher du jour où la visibilité diminue, leur donne un net avantage sur leur proie, et ils y affectionnent d’y chasser. Il y a bien aussi un risque d’erreur par confusion, mais bon c’est pas trop grave car ces requins sont capables de digérer à peu près n’importe quoi.

Alors quoi, il suffirait de sortir de l’eau si on saigne (ou si on fait saigner du poisson), et ne pas se mettre à l’eau quand elle est trouble ? C’est là que ça se complique.

Parlons à présent un peu de ce beau sport qu’est le surf. Cette communion avec la vague, chevaucher la puissance de l’océan, cette glisse extraordinaire,… trop bon, vraiment. A tel point que ça peut devenir une passion et même une addiction, on devient accro, et prêt à beaucoup sacrifier pour y aller, quand la vague est belle. Et là, justement quand la vague est belle, on-s’en-fout des signaux, on y va. Les accidents, c’est pour les autres, et de toutes façon ça n’arrive pratiquement pas. Alors, ne ratons pas la belle vague ! A part la rareté de ces belles vagues, un problème en surf, c’est les autres surfeurs. Il n’y en a qu’un qui peut partir à chaque vague. Alors comme on est de plus en plus nombreux à attendre, on va davantage là où on allait pas avant. Des spots pas trop clairs, des heures pas trop sûres, des eaux franchement troubles. Et comme tous les addicts, on est un peu menteur et beaucoup irresponsable, si il nous arrive une merde, ce n’est pas de notre faute c’est celle des autres. N’importe quel autre. L’élevage de poissons, la ferme à tortues, la réserve marine, le préfêt, le Maire de la commune… Assasins, tous assassins !!

Sérieusement. En février 2011, le Marseillais qui a perdu une jambe, il ne débarquait pas de l’avion comme vous pouvez le lire partout, il surfait du matin au soir depuis une semaine. Lors de l’accident, l’eau était trouble à Perroquet, et c’était presque la nuit. Puis celui qui est mort à Petit Boucan en juin, nuit tombante et fortes pluies rendaient l’eau marron. Le jeune qui s’est fait détruire sa planche aux Roches Noires en juillet, cela faisait deux jours que les maîtres nageurs lui intimaient de sortir de l’eau tant elle était trouble. Coup de tonnerre en septembre, un prof de surf apprécié se fait déchiqueter devant ses copains sur la plage de Boucan Canot. Oui, mais grosses vagues, eau laiteuse tellement elle était trouble. Il connaissait son affaire, mais prenait des risques pour sa passion, comme d’autres. Moins claire, l’affaire du kayakiste « innocent » d’octobre En fait il aurait été en train de remonter du poisson, le requin suivant la ligne serait monté sur son kayak en même temps que son poisson. D’accord il ne le raconte pas comme ça, car il était dans la réserve, mais ce n’est pas un secret pour les habitués (d’ailleurs c’est rigolo quand il est tombé à l’eau le requin s’est sauvé vite fait, quelle terreur celui-là). Je mets l’apnéiste de novembre dans le même sac ; il chassait, avait du poisson blessé, et il ne s’en défend pas. Alors messieurs les journalistes, pourquoi ne le dites-vous pas ? En mars 2012, un accident à l’est, spot beaucoup moins fréquenté à cause d’eaux toujours réputées dangereuses, curieusement pas de témoins pas d’égratignures, bon ok on est déjà en pleine psychose, alors on alimente. Le mois dernier, en juillet, spot de Trois Bassins, c’est dans la « reforme » que cela s’est passé, c’est à dire dans les bulles quasi permanentes par grosse houle, qui tapissent la mer après la cassure des vagues, que la victime reçoit une morsure mortelle, autant dire encore zéro visibilité pour le squale. Enfin aujourd’hui 5 octobre, à Saint Leu, c’est à la tombée de la nuit à 17h30 (c’est l’hiver à la Réunion) qu’un surfeur y laisse une main. Ca devait arriver puisqu’encore maintenant quand la « gauche » de Saint Leu est belle, les surfeurs restent couramment sur ce spot bien après le coucher du soleil. Se croient-ils protégés par les déclarations tonitruantes de leur maire ?

Il faudrait déjà redresser le langage. Il s’agit à chaque fois d’accidents, regrettables et souvent dramatiques certes, mais pas d’attaques. Sinon, le requin nous attaquerait en eaux claires, et on serait tous morts. C’est comme cette fable selon laquelle un surfeur ressemblerait à une tortue… Une tortue ressemble encore plus à une tortue, non ? Pourtant, de Saint Leu au Cap la Houssaye (la zone ouest de la Réunion), chaque plongeur ou nageur régulier reconnait régulièrement sa petite tortue habituelle, sédentaire et toujours vivante. La réalité est plus simple, le requin est craintif (rares sont les plongeurs, même professionnels, à en avoir vu à la Réunion), et quand il a mordu, les conditions étaient telles qu’il n’a pas pu voir ce qu’il mordait.

On tente à grands frais de marquer ces animaux pour mieux les connaître, mais quand fera-on une étude comportementale des surfeurs ? Au lieu de ça et pour récupérer de l’argent, la ligue de surf prend la population en otage en intimant aux maires d’interdire la baignade en mer, alors que jamais un nageur n’a été inquiété. Et les pêcheurs, aidés de maires populistes font pression pour obtenir l’autorisation de pêcher nuit et jour, c’est à dire sans contrôle, dans la réserve marine, en « surfant » sur l’émotion entretenue par les journalistes.Tout ce petit monde s’intitulant « amoureux de la mer », voudrait à présent pouvoir tout sortir de l’eau, annihilant les efforts des écologistes et des scientifiques, afin de pouvoir surfer tout le temps et par toutes les conditions, ou à défaut gagner un petit peu de monnaie.

Les requins sont des fossiles vivants, présents sur cette terre depuis bien plus longtemps que nous, témoins et victimes de l’avènement de notre puissance . Mais nous avons la capacité de nous adapter. Alors, oui, il est possible de cohabiter, en respectant les règles de prudence. Il faut arrêter de détruire notre monde.

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